La permaculture : introduction

Le Potager du Gailleroux est cultivé en permaculture. Qu’est ce que la permaculture ?

En quelque mots, pour moi la permaculture est « une manière de cultiver la terre qui tend à être la plus respectueuse de la vie sous toutes ses formes, de l’environnement et qui s’inspire des fonctionnements naturels de la nature ». Les définitions sont nombreuses mais elles rejoignent toutes l’idée d’une agriculture durable. Permaculture proviendrait à l’origine de la contraction de « permanent agriculture » en anglais. Les Australiens Bill Mollisson & David Holmgren ont contribué fortement à concrétiser la mise en pratique de la permaculture et à propager le concept. Le Japonais Masanobu Fukuoka est également une référence importante. En résumé, on pourrait définir la permaculture comme une philosophie de vie qui invite à travailler avec la nature plutôt que contre elle(Mollison, 1991).

La permaculture s’inspire des écosystèmes naturels qui sont durables, équilibrés et très diversifiés. L’arbre est au cœur de la permaculture. Il s’enracine sur un sol qu’il nourrit en apportant de la matière organique en surface. La microfaune du sol s’y développe. Les champignons contribuent à la dégradation de la matière organique en humus, une matière organique adaptée pour les plantes. C’est un sol riche en humus et en vers de terre qui permettra la formation d’un sol stable, équilibré, résistant à l’érosion, à la sécheresse et à l’excès d’eau. En s’inspirant de la nature, on doit absolument couvrir le sol, éviter d’enfouir la matière organique et encourager la diversité sous toutes ses formes.

L’éthique de la permaculture. Schéma de Patrick Whitefield.

En pratiquant la permaculture, je souhaite respecter les principes suivants :

  • Nourrir le sol en déposant des matières organiques en surface. J’exclus complètement les engrais chimiques et les produits phytosanitaires. J’alimente le sol de matières organiques uniquement en surface comme ce qui se passe en forêt. Je n’enfouis rien. Il peut s’agir d’engrais verts, de feuilles, de tontes de pelouses, de foin, de paille, de broyat de feuillus (BRF c’est-dire du “bois raméal fragmenté”), de déchets de légumes et d’adventices (plus communément appelés « mauvaises » herbes), de compost ou de toute matière organique végétale locale. En alimentant le sol en surface, je le protège des agressions extérieures (battance, sécheresse) et je nourris toute la vie du sol qui peut alors prospérer. Un sol vivant protégé en surface draine facilement les eaux excédentaires et permet la réduction de l’utilisation de l’eau. En effet, l’évapotranspiration est réduite. De plus, un sol riche en matière organique conserve beaucoup mieux l’eau en période de sécheresse. En ne retournant pas le sol et en l’alimentant par la surface du sol comme dans une forêt, le sol est plus équilibré, plus meuble, la vie s’y développe mieux (pas uniquement les vers de terre, il existe une profusion d’organismes vivants dans le sol dont notamment les champignons, les bactéries, les acariens, les collemboles,..). Je suis convaincu aussi qu’un sol plus vivant permet aux fruits et aux légumes d’être davantage chargés en minéraux et vitamines.
  • Diversifier le plus possible les espèces et les variétés végétales. J’associe des espèces différentes  entre elles. Je diversifie énormément afin de limiter les pressions de maladies et afin de permettre des interactions positives entre espèces. Je reste convaincu que la pression des maladies y est moins forte. Nous n’exploitons qu’une infime partie des espèces adaptée à notre climat. Multiplier les variétés par unité de surface permet d’augmenter la biomasse produite et cela concerne également les arbres et arbustes. Ceux-ci peuvent être intégrés sans aucun doute dans un potager et pas uniquement dans un verger à l’écart. Des couches différentes du sol sont alors explorées. Les arbres apportent naturellement un engrais propice aux développements des fruits et légumes et également de la faune. Ils  fournissent nourritures et abris. Ils apportent aussi une régulation de la température (plus chaud en hiver et plus frais en été lors des canicules).
  • Encourager la faune sauvage nécessaire à l’équilibre d’un système. Je considère que les espèces sauvages ont le droit de prospérer également (pas uniquement les espèces domestiques) et sont déjà suffisantes pour équilibrer nos systèmes de production. Elles ont souvent trop été délaissées et mises à l’écart dans le jardinage. Elles méritent une attention particulière à  l’heure actuelle suite à la perte massive des populations d’animaux sauvages.  L’homme peut encourager leurs préservations et leur créer des espaces où elles pourront prospérer.
  • Le partage. J’accepte que la faune se nourrisse d’une partie de ma production. J’encourage même son développement par la mise à disposition d’une nourriture variée, par des abris naturels formés par la végétation. La mise en place d’un très grand nombre d’espèces à fleurs est une source de nourriture pour un très grand nombre d’insectes et pas uniquement les abeilles domestiques.  Au plus la diversité est grande, au plus l’étalement des floraisons fournit une nourriture étalée au cours de l’année. Je considère qu’il est même un devoir pour l’humain d’encourager les espèces sauvages qui ont tout à fait leur place dans notre environnement.  En diversifiant les plantes, la nourriture variée attire naturellement la vie et des attraits spécifiques à chaque espèce. Il est difficile d’envisager cela à toute petite échelle, mais dans mon cas je ne traite même pas contre les limaces. Si le sol est suffisamment alimenté en matière organique, les limaces ne perturberont pas trop mes productions. En plus du rôle sanitaire qu’elles apportent (empêchent le développement de bactéries et champignons pathogènes), elles propagent les spores des champignons bénéfiques à la dégradation de la matière organique et à la création d’humus stable. L’humus est idéal pour alimenter les plantes car il se décompose progressivement et permet au sol de mieux conserver l’humidité en période de sécheresse.
  • La sélection naturelle. J’ai pris l’habitude de ne pas traiter contre les maladies (bien que certains « permaculteurs » utilisent parfois des traitements naturels). Si certains plants ne parviennent pas à maturité  (c’est-à-dire qu’ils ne produisent pas des semences viables) et sont malades, je considère qu’ils sont peu adaptés au milieu. C’est une sélection naturelle qui encourage la production d’espèces et variétés adaptées à mon sol et au climat de ma région.
  • L’utilisation de semences locales. En encourageant et en laissant une part des fruits et légumes arriver à maturité, je permets la création de nouveaux individus. Le brassage génétique des variétés induit l’essor d’une diversité et la sélection des plants plus adaptés à leur milieu. En plus de tout l’intérêt autour des semences, le fait de laisser un surplus de production monter en graines n’est alors plus considéré comme du gaspillage mais plutôt comme une nouvelle création que l’on pourra  conserver et utiliser le temps voulu.
  • Rentabiliser l’utilisation de l’énergie et protéger l’environnement.  La permaculture implique d’associer plantes herbacées, arbustes et arbres afin de capter davantage de lumière pour ainsi maximiser la captation de cette énergie gratuite. La biomasse produite est ainsi plus importante tout comme dans une forêt équilibrée.  Une autre notion est l’utilisation rationnelle et durable de l’énergie.  Le pétrole nous permet bien des avantages mais en termes d’utilisation de l’énergie, les systèmes n’ont jamais demandé autant de calories dépensées par unité d’énergie produite.  Le pétrole est une ressource limitée et polluante pour l’environnement. Bien qu’il ne soit pas complètement possible de réduire à 100% l’utilisation de pétrole à l’heure actuelle, j’ai décidé d’exclure l’utilisation d’engins motorisés tels que le tracteur, le motoculteur (qui sont d’ailleurs néfaste à l’égard de la vie du sol) et les éléments demandeurs en énergie fossile comme le chauffage en serre.  Pour ces raisons aussi je tente à tout prix de produire le maximum de fruits et légumes  en pleine terre. Je n’utilise pas de plastique dans mes planches de culture.  Je réalise l’ensemble des semis, des repiquages et des récoltes à la main. Le contact avec le sol et la simplicité du geste humain reste encore aujourd’hui une des techniques la plus efficientes en énergie et les plus respectueuses de l’environnement.

Bibliographie

  • Bloom J. & al. 2015. La Permaculture en pratique. Ulmer, 336 p.
  • Mathias X., 2017. Au cœur de la permaculture. Larousse, France, 271 p.
  • Mollison B., 1991. Introduction à la permaculture. Préface de Claude et Lydia Bourguignon. Passerelle Éco, La Chapelle-sous-Uchon, France, 240 p.
  • Morrow R. 2015. Manuel d’apprentissage pas à pas de la permaculture. Editions Imagine Un Colibri, France, 390 p.