2021, l’année de la flotte et du mildiou

Qu’est-ce que le mildiou ?

En 2021, personne n’avait imaginé que les tomates seraient touchées à ce point par le mildiou. Une année pluvieuse et c’est alors les conditions idéales pour la prolifération de cette maladie. Ce n’est pas la première fois au cours de l’histoire que le mildiou nous touche de plein fouet en Europe. De 1945 à 1951, l’Irlande vit sa plus grosse famine. La pomme terre est touchée par ce fléau venu d’Amérique en 1945. Nous le découvrons en Belgique également à cette époque. L’espèce est génétiquement diversifiée ce qui permet de contourner les défenses naturelles des plantes mais aussi les moyens de lutte mis en place jusqu’à aujourd’hui.

Plants de tomates “Coeur de boeuf” touchés par le mildiou en août 2021 au Potager du Gailleroux. C’est la variété la plus touchée à l’extérieur. Je conseille en général de planter plutôt des plus petits calibres car le cycle de développement plus court réduit les risques de contamination.

Le mildiou a longtemps été considéré comme un champignon mais il serait plus proche de l’algue même s’il ne contient pas de chloroplaste (organite permettant la photosynthèse). Quoiqu’il en soit c’est une algue et elle adore l’eau. Phytophtora infestans se développe quand l’humidité relative  est supérieure à 90 % et avec des températures comprises entre 16 et 22°C. Il est précisément un eucaryote de la famille des oomycètes.

Au Potager du Gailleroux à Jodoigne, il est présent également. Au cours de l’été 2021, j’ai constaté que la plupart des plants de tomates s’en sortent bien contrairement à ce que j’entends partout autour de moi. J’estime que plus des trois quarts des plants à l’extérieur sont peu touchés ou pas encore touchés au mois d’août. En serre, je n’ai observé aucune attaque. D’après les échos d’autres maraichers ou amis jardiniers, les ravages sont parfois totaux surtout à l’extérieur. Dans les serres, les feuilles et tiges touchées sont systématiquement éliminées afin d’empêcher la dissémination de des spores. Les plants doivent être brulés ou alors conduits aux parcs à conteneurs plutôt que dans son propre compost car les spores ne sont pas tuées si la montée en température n’est pas suffisante.

Qu’est-ce qui pourrait expliquer cette absence d’attaque au Potager du Gailleroux ?

La Biodiversité

Tout d’abord, j’estime que la maladie s’exprime moins si les plants sont dans un environnement sain. Diversifier davantage les variétés mais aussi les espèces permet de créer plus de freins à la propagation des spores du mildiou. Je renvoie notamment à cet article qui souligne l’importance de la biodiversité pour lutter contre les organismes pathogènes : https://www.humanite-biodiversite.fr/articles/67212-lerosion-de-la-biodiversite-et-lemergence-de-virus-et-bacteries?fbclid=IwAR2ZX80OzLajrlbJGu3vypvbEGRbAnY2gDEVayhkkxw2yBWLYwlECfT72Xk

Il reste donc primodial de diversifier davantage les espèces et les variétés dans son potager. Mixer les légumes avec des arbres, des plantes médicinales et des fleurs, c’est s’assurer moins d’attaques de tout type. Plus de diversité,  c’est permettre également à la limace de jouer son rôle de nettoyeur du sol. Elle se nourrit notamment des organes malades ce qui permet de réduire les maladies cryptogamiques dans son potager. Diversifier et maintenir de plus petites parcelles forme des barrières naturelles. Associer les légumes entre eux et éviter les « autoroutes à légumes » c’est créer des freins puissants à la propagation de maladies. Je ne concentre jamais toutes les variétés de tomates au même endroit pour cette raison aussi.

Multiplier les essais !

Conduire plusieurs séries de légumes pour la même espèce dans le temps, c’est augmenter ses chances de succès. En effet, semer à plusieurs intervalles augmente les chances de trouver la série qui proliférera lorsque les conditions climatiques seront optimales. Semer trop tôt donne très régulièrement des plants chétifs et trop sensibles. Il ne faut absolument jamais semer avant mars. Un semis au chaud en avril a cette année plus de chance de succès. La tomate est souvent touchée par le mildiou quand les fruits se forment. Produire des plants un peu plus tardivement nous assure des plants exempts de mildiou en début de saison. En 2021, j’ai constaté que les plants les plus avancés à l’extérieur (semés début mars) sont pour certains les plus touchés de mes plants !

Produire les plants les plus vigoureux possible

Depuis plusieurs années, je booste tous les plants de tomates avec des méthodes connues : la consoude et l’ortie. Systématiquement, j’ai enfoui des feuilles de ces deux espèces (tantôt l’une tantôt l’autre ou parfois les deux) avec les mottes des plants de tomates. Elles sont souvent utilisées en purins lorsque les premiers dégâts de mildiou se font ressentir. Ces plants fortifient la tomate. Les utiliser comme paillis peut également se réaliser et compléter la fortification.

Un autre aspect souvent trop peu souligné est le soin apporté à l’équilibre du substrat dans le quel poussent vos tomates. Un apport de sable (20%) garantira que les racines ne soient pas gorgées d’eau. Avec les années, je me suis orienté vers un mélange terreau-compost-sable en proportion 50%-30%-20%. Trop de compost et trop d’azote déséquilibrera vos plants. Des plants gorgés d’azote seront saturés d’eau et seront davantage soumis aux attaques de nuisibles et maladies. Trop peu d’azote c’est restreindre le développement rapide de vos plants. Un substrat de qualité plus cher c’est rarement de l’argent perdu ! Un substrat équilibré est selon moi indispensable.

Outre le substrat de départ, un sol vivant est à absolument à encourager ! Recouvert de matières végétales comme en forêt, le sol se gorge de microorganismes, champignons, vers, collemboles, acariens, cloportes. Dès lors il favorise un apport idéal en tous les nutriments nécessaires pour vos plants. Un sol forestier est riche en humus. Il est composé de matières organiques idéales pour apporter de manière équilibrée l’azote et le carbone. Un apport important provient des arbres (feuilles, branches mortes,….). L’autre partie provient de la vie du sol.

La vie du sol contribue à amener en surface les minéraux de la roche-mère. Retourner le sol et tous les organismes qu’il comporte chaque année, perturbe l’équilibre qui se met en place. Je conseille donc un travail du sol superficiel. La grelinette est un indispensable pour aérer le sol sans retourner toutes les couches du sol. Les engrais verts contribuent notamment à  décompacter le sol naturellement. Pourquoi s’en priver ? Les champignons indispensables à l’équilibre du système sont aérobies et se trouvent dans les quinze premiers cm du sol. Les enfuir plus profondément,  les tuent et déséquilibre le système ! Tout comme nous, les plantes ont besoin d’un apport varié en nutriments.  On sous-estime encore trop l’importance du sol dans la santé des plantes.

Favoriser les variétés à petits calibres

Choisir des variétés à petits calibres permet de raccourcir le cycle de développement et réduire par conséquent les attaques du mildiou. Les tomates murissent plus vite et les plants sont par conséquent moins touchés car exposés moins longtemps.

Les grosses tomates risquent également de davantage casser le plant et créer des entrées pour les maladies.

A l’extérieur ne pas tailler ou du moins très peu

Trop tailler c’est créer des entrées pour les maladies. C’est la raison pour  laquelle, je vous déconseille de trop tailler à l’extérieur. Les plants exposés à la pluie seront davantage touchés que ceux en serre car la feuille est humidifiée. C’est évident mais arroser le plant à son pied est aussi  indispensable dans tous les cas !

Plants de tomates non taillés et buissonnants au Potager du Gailleroux en août 2021 et exempts en mildiou

Créer un abri au-dessus de vos plants peut également un plus pour protéger les plants contre la pluie. Malheureusement cela vous obligera à arroser et aussi à changer vos protections de places chaque année si vous voulez respecter des rotations suffisamment variées.

Sélectionner ses plants et récolter ses propres semences

Certaines variétés sont plus résistantes au mildiou dont les tomates cerise. Systématiquement récolter les graines des tomates les plus précoces et les plus résistantes vous assurera de meilleurs résultats. C’est évident, mais encore trop peu répandu. Le travail de sélection de la semence est un indispensable pour garantir les succès.

Aérer vos plants

Il faut absolument éviter de mettre tous les œufs dans le même panier. La séparation des variétés (plus de 3 mètres voire 10 mètres) est indispensable pour éviter qu’elles se contaminent entre elles. Une distance de 70 cm voire plus entre chaque plant garantira aussi un frein à la maladie. La taille en serre permet également une meilleure aération du feuillage. Ventiler sa serre en ouvrant les portes est aussi indispensable. On a tendance à garder la serre fermée car il fait froid mais l’humidité condense et percole sur les feuilles et favorise le développement du mildiou. A l’extérieur, le vent réalise naturellement ce travail. Les zones plus sèches et suffisamment aérées sont aussi à privilégier.

Le fait de tuteurer les plants réduit aussi les risques de contamination par le sol ou par les éclaboussures liées à la pluie. Nettoyer les tuteurs avec de l’alcool n’est pas une mauvaise idée non plus. Retirer les tiges et les feuilles les plus basses pourrait réduire les risques. Les variétés buissonnantes seraient aussi à éviter les années les plus pluvieuses.

La moutarde

La moutarde à la propriété d’épurer le sol en mildiou. Je conseille donc de l’utiliser comme engrais vert après la culture de tomate ou de pomme de terre. Dans une serre où l’on place systématiquement des tomates, c’est un indispensable ! Récolter ses feuilles ou ses graines nous donne l’occasion de créer de délicieux pestos ou moutardes maison tout en s’assurant de meilleurs résultats dans ses cultures de tomates.

Moutarde blanche en semences au Potager du Gailleroux à Jodoigne (Belgique)

Que faut-il retenir ?

En résumé, je vous conseille de semer deux à trois séries de tomates précoces ou semi-précoces de mars à avril avec vos propres semences dans un substrat équilibré et de qualité et de les planter systématiquement avec des feuilles de consoude et/ou d’orties.

Une attention particulière doit être portée à la diversité végétale de votre potager, à la rotation de vos cultures et également à l’espacement des variétés de tomates entre elles et la distance entre les plants.

La serre reste l’endroit idéal pour la production de tomates. A l’extérieur, seule une attention particulière à tous les points de cet article vous permettrait d’obtenir des résultats lors d’une année pluvieuse !

Variété ancienne Blue-fruit Marianna’s en serre au Potager du Gailleroux – août 2021

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